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Voici quelques poèmes que nous avons choisis car nous les trouvions intéressant et que nous avons commenté. Vous y retrouverez de nombreuses réflexions que nous vous avons parlé tout au long de ce site et les comprendrez peut-être mieux.

 

Le Legs, Desnos

La Rose et le Réséda, Aragon

Je trahirai demain, Cohn

Ballade de celui qui chanta dans les supplices, Aragon

 

Le Legs, Robert Desnos

Et voici, Père Hugo, ton nom sur les murailles !
Tu peux te retourner au fond du Panthéon
Pour savoir qui a fait cela. Qui l'a fait ? On !
On c'est Hitler, on c'est Goebbels C'est la racaille,

Un Laval, un Pétain, un Bonnard, un Brinon,
Ceux qui savent trahir et ceux qui font ripaille,
Ceux qui sont destinés aux justes représailles
Et cela ne fait pas un grand nombre de noms.

Ces gens de peu d'esprit et de faible culture
Ont besoin d'alibis dans leur sale aventure.
Ils ont dit : « Le bonhomme est mort. Il est dompté. »

Oui, le bonhomme est mort. Mais par-devant notaire
Il a bien précisé quel legs il voulait faire :
Le notaire a nom : France, et le legs : Liberté
.

Commentaire

Alors que la seconde guerre mondiale sévissait, Desnos écrivit en 1943 "Le Legs", poème engagé qui fut publié dans l’Honneur des poètes par Eluard. Ce recueil  parut el 14 juillet, date anniversaire symbolique  de la prise de la Bastille. Il est composé de 14 alexandrins aux rimes embrassées.

Ce poème est souvent qualifié de trop engagé, mais pour quelles raisons ?

Pour le savoir, intéressons nous dans un premier temps aux noms utilisés dans ce poème, puis aux legs pour finir à l’engagement même de l’œuvre.

Nous remarquons à la première lecture ou même au premier coup d’œil que Desnos a utilisé de nombreux noms connus dans ce poème. Etudions qui ils sont et ce qu’a voulu faire ressortir le poète en les choisissant pour son poème.

Au premier vers Desnos s’adresse à Hugo. Nous pouvons alors nous demander quelles sont les raisons de ce choix car apparemment l’auteur n’étant pas de la même époque il n’a pas de rapport avec le contexte historique, mais c’est faux. En effet si nous faisons quelques recherches plus approfondies sur Desnos, nous découvrons qu’il était un grand admirateur de l’auteur des Misérables. Mais ici c’est encore plus que ça. En effet le poète s’adresse directement à Hugo, il l’apostrophe « Et voici, père Hugo » et le tutoie « tu », « ton ». Ainsi, il semble très proche, et est presque présenté par le mot « père » comme le père des français, voire de la patrie ; Desnos fait aussi allusion au « Panthéon » et à ses « murailles ». Par ces quelques mots il attaque le régime de Vichy. En effet ce régime utilisait des écrits de grands écrivains pour faire de la propagande, et sa devise était « Travail, famille, patrie ». Ces trois mots sont inspirés des dires de  Hugo car il a chanté les joies de la famille dans les Contemplations, et du travail dans Les travailleurs de la mer. Ainsi, par ce simple nom qui semble insignifiant, Desnos a fait de nombreux sous entendus.

En revanche, par la suite, il ne fait plus des allusions mais s’oppose ouvertement et choisit des noms d’hommes politiques symboliques : Hitler en premier, qui est au centre de tout. Il est le « Führer » et est une des origines de cette guerre et de ces maux.. Goebbels est le ministre de l’information et de la propagande en 1933 et est le théoricien du nazisme. Laval lui est un collaborateur avec l’Allemagne, ministre d’état de Pétain et vice-président du gouvernement de Vichy. Il déclara « souhaiter la victoire de l’Allemagne ». Pétain est le vice-président du Conseil et chef du gouvernement de Vichy. Il engage avec l’Allemagne une politique de collaboration active, acceptant ainsi les lois sociales, la création de la Milice et la déportation des juifs entre autres. Bonnard est le ministre de l’éducation sous ce même gouvernement et Brinon en fut le représentant auprès des autorités allemandes à Paris, puis secrétaire d’État. Desnos choisit ainsi des hommes d’état très haut placés pour choquer et faire réagir. Cette succession de noms est introduite par le pronom indéfini « on » qui là est péjoratif et défiant.

De plus les points de suspensions après Goebbels « Goebbels… »  montre que Desnos inclut tous les allemands dans ses idées. Il met en avant les noms des collaborateurs par l’accumulation des quatre noms déjà cités « Laval, un Pétain, un Bonnard, un Brinon » le déterminant « un » devant chaque nom dévalorise encore plus les hommes politiques ainsi que le vocabulaire employé : « racaille », « trahir », « ripaille ».

Nous avons donc ainsi deux groupes opposés : un regroupant Victor Hugo et les résistants, l’autre ou l’on trouve les allemands et les collaborateurs. Ceux-ci ont leurs noms disposés de sorte qu’on les assimile tous les uns aux autres pour des hommes stupides, lâches, ignorants et parasites. En revanche les résistants sont présentés comme des futurs vainqueurs qui se vengeront et font des menaces envers l’ennemi par les termes « justes représailles » et « pas grand nombre de noms ». Cette expression peut être commentée comme le fait qu’il n’y a pas grand monde à vaincre et que cela se fera vite. Ainsi les collaborateurs seront châtiés.

 

Desnos a appelé son poème « le Legs » mais nous pouvons en voir deux indirectement. Celui que laissent les allemands et les collaborateurs, celui que laissent les résistants, qui comme nous pouvons nous en douter, sont complètement différents.

Celui des allemands n’est pas explicite, cependant par la manière dont le poète le présente,  nous pouvons facilement le comprendre. Parmi les noms choisis, Desnos a choisis le ministre de l’éducation, Bonnard, mais comme nous l’avons dit le qualifie « de peu de culture et de peu d’esprit » ce qui est paradoxal par rapport à sa qualité. Ainsi, si des hommes qui sont ainsi gouvernent, ils ne peuvent que laisser un legs, un héritage sans valeur, voire désastreux à la France. L’éducation serait catastrophique et mènerait le pays à une inculture, en  conséquence à sa faillite. De même pour ses bonnes manières et son sens de l’honneur car ils « font ripailles » et « savent trahir »  et avec l’allitération en [s] qui fait penser au serpent trompeur « ceux qui sont destinés aux justes représailles ».

Cependant le legs le plus important dans ce poème est celui laissé par Hugo et tous les résistants qu’ils soient morts ou vivants : la Liberté. Cette Liberté est léguée par tous les écrivains ou les hommes politiques qui se battent chacun avec leur « propres armes ». Elles peuvent être celles de l’écriture, de la parole ou des véritables armes. Les héritiers sont alors les français, et ceux là doivent se battre pour préserver cette Liberté. Ce mot, tout comme le mot « France » est mis en avant par une allégorie et par le fait qu’ils sont au dernier vers du poème. Ainsi une idée de fidélité aux idéologies est transmise.

On dit alors avec tous ces éléments que Le Legs est un poème engagé. Mais qu’est ce qu’un poème engagé ? Et l’est-il trop ?

Un poème engagé est un texte en vers ou en prose avec un rythme à but argumentatif. Le poète décide de mettre son art au service d’une cause, et invite le lecteur à la réflexion et à l’action nous pouvons donc affirmer que ce poème est engagé. Il est compose d’alexandrins et défends la résistance, engage au combat contre les allemands et les collaborateurs. A sa lecture, il révolte avec ses termes péjoratifs les qualifiant. Ainsi le lecteur est obligé de s’engager d’une manière ou d’une autre, selon s’il partage ou non l’opinion du poète.

Ce choix obligatoire est justement souvent contesté dans ce poème. Bien que la structure démontre que ce texte est un poème, il peut ressembler plus à un tract.

Desnos critique la propagande de la part du régime de Vichy, mais lui-même en fait par ces vers, ce qui peut retirer toute forme poétique à cause du manque de sentiments, mis à part celui de la haine qui n’est pas un sentiment que l’on trouve habituellement dans les vers. Cela ressemble dans ce cas là à un discours politique avec des rimes, mais non plus à un poème. La succession de noms accentue cette idée. Les accusations sont précises. Si l’auteur avait choisi de ne pas mettre de noms tout en conservant les termes, il est possible que cette impression de discours politique n’ait pas été ressentie, et que l’aspect poétique soit resté. Il est donc l’exemple même du poème trop engagé.

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La Rose et le Réséda, Louis Aragon

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle cette clarté sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle et l'autre s'y dérobât

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles des lèvres du cœur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles au cœur du commun combat

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle la sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle l'autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel a le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes de Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle la rose et le réséda

Commentaire

Ce poème de Louis Aragon fut publié en mars 1943 dans le Mot d’Ordre, recueil de poèmes, dernière œuvre signée de son nom, avant d’entrer en clandestinité ; il fut ensuite publié dans La Diane Française où l’on apprend qu’il est en hommage à 4 résistants français que tout oppose, politiquement comme idéologiquement : Gabriel Péri, Guy Môquet, Honoré d’Estienne D’Ouras et Gilbert Dru; tous furent tués par les soldats allemands.

On peut d’ores et déjà affirmer que ce poème engagé est une comptine populaire, plus destinée à être chantée. Cette comptine nous montre l’entraide de deux soldats opposés par leurs idéaux (croyant / non-croyant), mais réunis dans une même cause. Ce poème délivre aussi un message d’espoir, d’unification grâce à leur patriotisme et à leur amour pour la France.

 

Tout d’abord, on peut voir la linéarité du poème, les deux premiers vers sont répétés tous les quatre vers, lui donnant ainsi une fonction de refrain (« Celui qui croyait au Ciel, celui qui n’y croyait pas. »). De plus, la syntaxe simple et le langage courant rendent ce poème moins complexe à lire, et permettent de s’en rappeler facilement, de par son rythme régulier (Le poème est composé de 64 heptasyllabes »). En outre, les rimes sont peu variées (terminaisons en « el » et « a »). Le thème (la belle prisonnière des soldats, l’alliance des deux hommes par amour de leur patrie) en fait une sorte d’hymne à la Résistance.

L’union des deux résistants malgré leurs différences fait de ce poème un message de solidarité dans l’adversité. En effet , l’opposition des deux personnages est évidente, on remarque leurs opinions métaphysiques divergent, une notion qui revêt de toute évidence une grande importance, puisqu’en plus d’être placée dans les deux premiers vers, celle-ci se voit répétée tout au long du poème. On voit aussi la présentation parallèle des deux protagonistes, comme pour mieux mettre en valeur cette opposition. Mais les similitudes syntaxiques nous démontrent que les deux sont sur un pied d’égalité (« Celui qui croyait au Ciel, celui qui n’y croyait pas. »). Ces deux personnages ont aussi une cause commune : la libération de la prisonnière, représentation allégorique de la France envahie.

Ainsi donc, Louis Aragon nous délivre un message d’espoir, en effet, la résistance et l’amour de leur patrie rapprochent les hommes, opposés politiquement ou religieusement, c’ est d’ailleurs à deux catholiques et à deux communistes que ce poème est dédié et, par là même, la solidarité en ressort grandie, glorifiant le sacrifice des personnages.

Les métaphores, nombreuses dans ce texte, nous renforcent également dans cette idée, en effet, on perçoit la transition « des blés sous la grêle » au « raisin muscat » qui mûrira à la « saison nouvelle ». De plus, si, au début du texte, le poème décrit surtout la guerre, à la fin, au contraire, on ne parle que de la nature (les 13 derniers vers) ; et, ici encore, les oppositions se voient réunies, la terre et le ciel (« l’un court, l’autre a des ailes »), la Bretagne et le Jura etc.

La belle et les soldats sont en eux-mêmes des métaphores, la prisonnière des soldats représentant la France envahie, ravagée par la guerre , et les deux hommes, un exemple de la Résistance.

Ainsi Aragon termine-t-il son poème sur un message d’espoir, mais aussi un hommage à tous les résistants.

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Je trahirai demain, Marianne Cohn

Je trahirai demain pas aujourd'hui.
Aujourd'hui, arrachez-moi les ongles
Je ne trahirai pas !
Vous n'avez pas le bout de mon courage.
Moi, je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.
Vous avez aux pieds des chaussures avec des clous.
Je trahirai demain. Pas aujourd'hui,
Demain.
Il faut la nuit pour me résoudre.
Il ne me faut pas moins d'une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.
Pour renier mes amis,
Pour trahir la vie,
Pour mourir.
Je trahirai demain. Pas aujourd'hui.
La lime est sous le carreau,
La lime n'est pas pour le bourreau,
La lime est pour mon poignet.
Aujourd'hui, je n'ai rien à dire.
Je trahirai demain.

Commentaire

Ce texte, poème, aurait été écrit par Marianne Cohn lors de son arrestation en novembre 1943, on ne peut avoir l’assurance que ce poème fut rédigé de sa main, pourtant inextricablement lié au destin de son présumé auteur, en effet, celle-ci fut assassinée la nuit du 7 au 8 juillet 1944, près de Ville La Grande. Ce poème relatant un épisode type de la guerre : la torture, nous délivre un grand cri de ralliement sous la bannière de la Résistance, par le sacrifice du personnage du poème. Par ailleurs peut-on définir ce texte en tant que poème ? En effet celui-ci distingue par l’absence de techniques spécifiques à la poésie.

Ainsi donc, ce poème nous relate la torture d’un résistant. On peut voir le désespoir du personnage, qui sait avec une terrible certitude qu’il ne pourra résister longtemps à la torture, mais faisant tout de même face avec courage (« Je trahirai demain, pas aujourd’hui »). On peut déceler du défi dans ses paroles : « Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles », ainsi que du mépris : « Vous ne savez pas le bout de mon courage, moi je sais », on remarque d’ailleurs que les bourreaux ne sont pas considérés comme humains à part entière, ils sont « cinq mains dures avec des bagues »  avec des « chaussures avec des clous » aux pieds. Mais à partir de la deuxième strophe, on sent clairement le désespoir l’envahir, traduit par la répétition, récitée à l’instar d’un psaume, comme pour se convaincre de sa véracité : « je trahirai demain, pas aujourd’hui, demain ».

Puis, à la troisième strophe, le narrateur semble abandonner, renoncer à tout ce pourquoi il s’est battu, il « renie ses amis », il trahit en « abjurant le pain et le vin ». Mais à la quatrième strophe, l’on se rend compte qu’en réalité, l’auteur préfère la mort plutôt que la trahison, en effet « la lime est pour son poignet », et non pas pour « les barreaux » de sa geôle ou son « bourreau » ; le narrateur choisit la mort de son plein gré, par patriotisme. On peut y voir une critique des collaborateurs, mais aussi un cri de ralliement, une exhortation) la Résistance : être prêt à donner sa vie pour son pays, voilà la définition que donne le poème, d’un résistant.

Par ailleurs, peut-on définir ce texte comme poème ? En effet, ce poème brille par son absence des diverses techniques inhérentes à la poésie, ici, fi des alexandrins, des enjambements, etc… Et même des rimes.

En effet, ce texte est en prose, bien que l’on puisse noter la présence de quelques rimes disparates, ce qui n’encourage pas à la poésie du texte. Le langage courant et l’absence de lyrisme en fait un texte relativement violent, décrivant toute l’horreur de la torture. On croirait presque que ce poème est une attaque personnelle envers l’occupant, un défi lancé, celui de briser la volonté des résistants.

Ainsi  la poésie se met-elle au service de la Résistance… Alors peut-on définir ce texte comme « tract » plus que poème ? Un nouveau type de propagande, sous couvert d’un art dont le but est la libération totale de l’esprit.

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Ballade de celui qui chanta dans les supplices, Louis Aragon

Et s'il était à refaire
Je referais ce chemin
Une voix monte des fers
Et parle des lendemains

On dit que dans sa cellule
Deux hommes cette nuit-là
Lui murmuraient "Capitule
De cette vie es-tu las

Tu peux vivre tu peux vivre
Tu peux vivre comme nous
Dis le mot qui te délivre
Et tu peux vivre à genoux"

Et s'il était à refaire
Je referais ce chemin
La voix qui monte des fers
Parle pour les lendemains

Rien qu'un mot la porte cède
S'ouvre et tu sors Rien qu'un mot
Le bourreau se dépossède
Sésame Finis tes maux

Rien qu'un mot rien qu'un mensonge
Pour transformer ton destin
Songe songe songe songe
A la douceur des matins

Et si c'était à refaire
Je referais ce chemin
La voix qui monte des fers
Parle aux hommes de demain

J'ai tout dit ce qu'on peut dire
L'exemple du Roi Henri
Un cheval pour mon empire
Une messe pour Paris

Rien à faire Alors qu'ils partent
Sur lui retombe son sang
C'était son unique carte
Périsse cet innocent

Et si c'était à refaire
Referait-il ce chemin
La voix qui monte des fers
Dit je le ferai demain

Je meurs et France demeure
Mon amour et mon refus
O mes amis si je meurs
Vous saurez pour quoi ce fut

Ils sont venus pour le prendre
Ils parlent en allemand
L'un traduit Veux-tu te rendre
Il répète calmement

Et si c'était à refaire
Je referais ce chemin
Sous vos coups chargés de fers
Que chantent les lendemains

Il chantait lui sous les balles
Des mots sanglant est levé
D'une seconde rafale
Il a fallu l'achever

Une autre chanson française
A ses lèvres est montée
Finissant la Marseillaise

Pour toute l'humanité

Commentaire

Sous l'identité de Jacques d'Estaing, Louis Aragon publia ce poème le 14 juillet 1943, dans l'Honneur des Poètes. En hommage à Gabriel Péri, résistant Français, la ballade de celui qui chanta dans les supplices relate l'histoire d'un résistant prisonnier, torturé par les soldats allemands. Ce poème recèle un profond mépris pour les collaborateurs, traîtres à leur patrie, et un véritable respect pour les résistants morts pour la France, hommes et femmes qui se sont battus pour l'avenir de leur pays.

L'incitation des bourreaux à la trahison est une partie majeure de ce poème, en effet, il semble que les soldats allemands souhaitent plus briser le patriotisme de leur prisonnier qu'en tirer des informations. Les termes des soldats sont choisis minutieusement, donnant une impression de tentation insidieuse; ils "lui murmuraient Capitule", et parlent de la liberté qu'il obtiendrait en trahissant ("Dis le mot qui te délivre", "Un mot, rien qu'un mot, la porte cède"), jusqu'à transformer la trahison en mot magique. "Sesame, finis tes maux.". Les deux collaborateurs semblent veulent faire changer d’avis le résistant, à tel point qu’un simple mensonge leur suffirait. « Rien qu’un mot, rien qu’un mensonge ». Dans une sorte de lassitude, ils arguent la vie qu’il pourrait mener plutôt que de mourir. « Tu peux vivre, tu peux vivre ».

Mais malgré leurs efforts, le patriotisme du prisonnier reste inébranlable. Les deux premières phrases du refrain, répétées comme pour redonner courage « Et s’il était à refaire, je referais ce chemin ». En gardant à l’esprit les « lendemains » de la France. En effet, l’amour qu’il porte à son pays lui scelle les lèvres, et l’on peut voir le mépris qu’il éprouve envers les collaborateurs, pour lui, impossible de « vivre à genoux », on remarque par ailleurs la 8ème strophe, avec la critique de deux rois : Henri III d’Angleterre, qui, après avoir pris le pouvoir, est prêt à l’échanger contre un cheval pour fuir « Mon royaume pour un cheval » , et Henri IV, qui devint catholique pour s’emparer du trône « Paris vaut bien une messe », ces deux citations célèbres sont ici inversées, pour bien montrer que le résistant ne commettra pas la même infamie.

Il accepte ainsi la mort, seule issue de cette histoire. On perçoit d’ailleurs des indices de cette mort, disséminés tout au long du texte.

En effet, les deux hommes lui disent qu’il peut vivre, mais pour cela il lui faut prononcer le mot qui « transformera son destin ». « C’était son unique carte », cette phrase nous prouve que le prisonnier ne peut plus faire marche arrière, cet unique vers scelle son destin à jamais, il est suivi par l’ordre fatidique « Périsse cet innocent.». De plus, la comparaison à deux rois, assassinés, nous renforce dans cette idée. Ainsi Le résistant se sacrifie pour sa patrie faisant preuve du plus grand acte de courage, ce sacrifice ne laisse aucun doute quant à l’amour que porte le prisonnier pour la France et les Français, en effet, c’est « pour les lendemains» qu’il chante la Marseillaise et l’Internationale (chant de ralliement des communistes) en mourant.

Ce poème délivre donc un grand message aux Français, il explique pour l’on se bat pour eux, une grande preuve de solidarité nationale.

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